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   Il était une fois le Cameroun...      
       
   
historique du Cameroun
 Le Cameroun

En 1472, alors que les caravelles du navigateur portugais Fernando Po remontent l’estuaire du fleuve Wouri, les marins sont tellement étonnés d’y voir nager des milliers de crevettes qu’ils baptisent le fleuve « Rio dos Camarões », rivière des crevettes. Camarões a subi au cours des siècles plusieurs transformations pour devenir aujourd’hui Cameroun. A partir du littoral atlantique reconnu par les Portugais, la pénétration européenne a d’abord été le fait des commerçants, missionnaires et explorateurs anglais au cours du XIXème siècle. Une fois son protectorat reconnu en 1884, l’Allemagne établit peu à peu son autorité sur ce territoire et y investit largement. Les Allemands découpent de façon arbitraire une sorte de vaste triangle dont la pointe nord atteint le lac Tchad en zone sahélienne, et la pointe sud-est les rives de la Sangha en pleine forêt équatoriale. Etat charnière entre l’Afrique occidentale et l’Afrique centrale, le Cameroun est souvent présenté comme une " Afrique en miniature " de par son extrême variété écologique, climatique, ethnique, religieuse et linguistique. Le pays occupe une position particulière sur la scène africaine : colonie allemande depuis 1884, le Cameroun est démantelé en 1918 et confié à la France (quatre cinquième du territoire) et à la Grande-Bretagne (deux bandes de territoire le long de la frontière avec le Nigéria. Héritier de ce double passé colonial, unique en Afrique, le Cameroun compte dans les provinces de l’ouest une importante minorité anglophone dans un Etat majoritairement francophone. Le Cameroun fut aussi le seul pays de l’empire colonial français d’Afrique « noire » à accéder à l’indépendance dans la violence. Une guérilla anti-coloniale est orchestrée par l’UPC (Union des Populations du Cameroun), parti créé à Douala en 1948 par Ruben Um Nyobe. En 1955, le parti est officiellement dissous pour agitation subversive, ce qui l’incite à lancer une insurrection armée dans l’Ouest du Cameroun français.

 Le Cameroun indépendant

Le Cameroun oriental accède à l’indépendance le 1er janvier 1960. Ahmadou Ahidjo, un Peulh de Garoua, élevé dans la religion musulmane, est nommé président du nouvel Etat (il occupait déjà ce poste depuis 1958 dans le cadre de l’autonomie du Cameroun accordé par la puissance coloniale). Les premières élections législatives ont lieu en avril 1960 et sont remportés par l’Union Camerounaise, parti du président Ahidjo. En mai, Ahidjo est élu président de la République par les membres de la nouvelle assemblée. En 1961, après un référendum organisé sous l’égide de l’ONU, le sud du territoire britannique (actuellement les provinces du Nord-Ouest et du Sud-Ouest) opte pour le rattachement au Cameroun tandis que sa partie nord était intégrée au Nigéria. Le Cameroun devient un Etat fédéral. Le Cameroun Occidental (ex-Sud Cameroun britannique) conserve son ancienne assemblée ainsi que son assemblée de chefs traditionnels. Le Cameroun Oriental possède également sa propre assemblée. Dans chacun des deux Etats, le système judiciaire reste inchangé : la procédure d’origine anglaise reste donc applicable au Cameroun Occidental, celle d’origine française continue à régir le Cameroun Oriental. Depuis son arrivée au pouvoir, le Président Ahidjo s’est attaché à réunir tous les partis politiques présents sur le territoire camerounais. La création le 1er septembre 1966 de l’Union Nationale Camerounaise (UNC) marque « de facto » la naissance du système de parti unique. Le 20 mai 1972, par voix référendaire, les deux Cameroun sont réunifiés sous le nom de " République Unie du Cameroun ". Ahmadou Ahidjo assume la présidence de la nouvelle République fédérale tandis que John Foncha en devient le vice-président. En avril 1975, le Président Ahidjo est réélu à la tête de l’Etat. Il nomme Paul Biya comme Premier Ministre. L’UNC remporte la majorité des sièges à l’Assemblée lors des élections présidentielles de mai 1978, ce malgré l’insatisfaction des Camerounais face au parti unique et à la faible représentativité des politiciens anglophones au sein du gouvernement. Le 4 novembre 1982, Ahmadou Ahidjo démissionne, pour raisons de santé, de ses fonctions de président de la République, après avoir dirigé d’une main de fer le Cameroun pendant un quart de siècle. Son Premier ministre, Paul Biya, le remplace, en vertu de la Constitution.

 Les débuts de la présidence de Paul Biya

Le nouveau Président est un Béti-bulu de la Province du Sud. Il est catholique (la rumeur veut qu’il soit également membre important de l’organisation occulte de la Rose-Croix). Paul Biya nomme Bello Bouba Maigari Premier ministre. En août 1983, le Président Biya annonce qu’une tentative de coup d’Etat a été déjouée. Deux conseillers de l’ancien président Ahidjo sont accusés d’avoir participé au putsch et sont arrêtés. Le Premier ministre Maigari et le Ministre de la Défense sont démis de leurs fonctions. Quelques jours plus tard Ahmadou Ahidjo renonce à la présidence de l’UNC et quitte le Cameroun pour le Sénégal. Biya est alors élu président de l’UNC. Il est reconduit dans ses fonctions de chef de l’Etat en janvier 1984, date à laquelle il décide de supprimer le poste de Premier Ministre. Le 28 février 1984, Ahmadou Ahidjo est condamné par contumace dans le cadre de la tentative de coup d’Etat d’août 1983. Le 6 avril, le gouvernement fait de nouveau face à une tentative de coup d’Etat, orchestrée cette fois par des membres de la Garde Républicaine, menés par le colonel Saleh Ibrahim. La rébellion est matée par les forces loyalistes après 3 jours de combats intenses. 51 mutins seront condamnés à mort. Suite à cette tentative de putsch, plusieurs membres du gouvernement seront démis de leurs fonctions et 12 membres du bureau politique du comité exécutif de l’UNC seront évincés. En mars 1985, l’UNC est rebaptisé Rassemblement Démocratique du Peuple Camerounais (RDPC, ou CPDM en anglais). En avril 1988, Paul Biya, seul candidat à sa propre succession est réélu avec 98,75% des suffrages. Le RPDC remporte la majorité des sièges à l’Assemblée.

 Les débuts du multipartisme

C’est à la fin des années 80, qu’apparaît le Social Democratic Front (SDF), première formation d’opposition dirigée par l’anglophone John Fru Ndi. Le SDF a pris une part active dans le combat pour le multipartisme. Une manifestation est d’ailleurs organisée à Bamenda, le 26 mai 1990. Le rassemblement dégénère et la police ouvre le feu, faisant 6 morts. Au cours des mois suivants, tout l’Ouest anglophone est la proie de troubles divers, occasionnant prés de 300 morts. Le processus de démocratisation tant demandé par la population est initié lors de la conférence franco-africaine de La Baule en 1990 et conduit à l’adoption d’une loi sur le multipartisme et de lois " libérales " (liberté d’association, d’expression, etc.) en décembre 1990. Au cours de l’été 1991, le refus du président Biya d’organiser une conférence nationale de préparation des élections à venir provoque une grève générale dans tout le pays. Les premières élections législatives pluralistes ont lieu le 1er mars 1992. Cependant de nombreux partis, dont le SDF, refusent d’y participer, estimant que le scrutin ne sera pas équitable. Le RDPC remporte 88 sièges, l’UNDP 68, l’UPC 18 et le MDR 6. Le RDPC doit faire alliance avec le MDR pour obtenir la majorité absolue à l’Assemblé nationale. Les élections sont contestées par 32 partis. Les premières élections présidentielles sont organisées le 16 octobre 1992. Le scrutin uninominal majoritaire à un tour est adopté. Le Président Biya est réélu avec 39,9% des voix après un scrutin qualifié d’ « hautement défaillant » par le Département d’Etat américain. John Fru Ndi, leader du SDF obtient officiellement 35,9% des voix mais conteste ces résultats. L’affaire est portée devant la Cour Suprême qui confirme la victoire de Paul Biya, provoquant de nombreuses manifestations dans tout le pays et particulièrement dans le Nord-Ouest, bastion du SDF. John Fru Ndi est assigné à résidence. En 1993, une alliance informelle de partis d’opposition organise une campagne de manifestations et demande qu’une nouvelle élection présidentielle soit organisée. Bien que cette alliance soit accusée par le pouvoir d’inciter à la rébellion, le gouvernement annonce l’instauration d’un débat sur la réforme constitutionnelle. Des projets d’amendements constitutionnels sont annoncés en mai 1993 mais le débat sur la réforme constitutionnelle est finalement suspendu en novembre de la même année. Au cours de la seconde moitié de l’année 1993, l’opposition organise de nombreuses grèves et manifestations. Les autorités répondent par l’arrestation de nombreux militants. En décembre, les fonctionnaires lancent une grève générale suite à l’annonce par le gouvernement de réductions importantes des salaires. Le 18 janvier 1996, le Président promulgue des amendements à la Constitution, révisant notamment la limitation du mandat présidentiel, jusque là de 5 ans, renouvelable sans limite à 7 ans, renouvelable une fois. La nouvelle Constitution introduit un système très centralisé reposant sur l’autorité du Président. Le chef de l’Etat et son parti (dominé par l’ethnie de Paul Biya, les Beti-Bulu) gardent le contrôle sur tous les rouages du pouvoir. Les premières élections municipales ont lieu le 21 janvier 1996. Le scrutin est jugé libre et équitable par les observateurs internationaux bien que le SDF n’ait pas pu présenter de candidat dans toutes les municipalités pour des raisons procédurières. L’opposition remporte 104 municipalités sur 336 mais le gouvernement s’assure du contrôle des conseils municipaux en nommant par décrets des représentants du gouvernement à la tête de l’exécutif local dans 20 grandes villes, notamment dans les 6 principales communes remportées par le SDF. Pour protester contre ces nominations, le SDF et l’UNDP lancent une opération " villes mortes " largement suivie en province mais en partie ignorée à Douala et Yaoundé. 40 membres du SDF sont arrêtés pour avoir manifesté contre ces décrets.

 1997, double échéance électorale et troubles politiques

Au début de l’année, John Fru Ndi et Bello Bouba Maïgari, les deux principaux leaders de l’opposition, annoncent leur alliance contre le président Paul Biya et son parti pour les élections législatives et présidentielles de 1997. A l’occasion des élections législatives, le gouvernement a refusé à nouveau la création d’une commission électorale permanente indépendante à laquelle appellent les partis politiques d’opposition, les évêques du Cameroun et les observateurs nationaux et internationaux Le 17 mai, les élections législatives se déroulent dans le calme mais les observateurs indépendants du Commonwealth et de la Francophonie dénoncent des fraudes. La Cour suprême enregistre de nombreux recours dans les jours qui suivent. L’opposition réclame l’annulation du scrutin. Le 24 mai, les résultats des élections donnent le RDPC de Paul Biya très largement majoritaire avec 116 des 180 sièges à pourvoir. Le 4 juin, la Cour suprême rejette la demande d’annulation générale des élections législatives déposées par quatre formations d’opposition. L’annulation n’est décidée que dans trois circonscriptions d’abord acquises au RDPC, correspondant à 7 sièges.Le 6 juin, Le RDPC disposera de 109 des 180 sièges de l’Assemblée. Après les élections partielles du 3 août, le RDPC obtient la majorité absolue avec 116 sièges. Le 12 octobre 1997, les Camerounais vont aux urnes élire leur président. Paul Biya est le seul candidat. Le SDF, l’UNDP, l’UDC et l’Union du Peuple Africain ont décidé de boycotter cette élection pour protester contre l’absence d’une commission électorale indépendante. Paul Biya est réélu avec 92,6% des voix.

 L’instauration du Commandement Opérationnel

Dans la province Orientale et principalement à Douala , face à une vague de violences sans précédent le président Paul Biya met sur pied le 20 février 2000 un Commandement Opérationnel (CO).Cette unité est composée d’éléments de la gendarmerie, de l’armée de l’air et de terre et de la police. Dès le mois de juin 2000, l’archevêque de Douala, Mgr. Tumi désigne le Commandement Opérationnel comme étant responsable de la disparition de 500 personnes. Les membres du CO continueront à commettre des exactions jusqu’en 2001. Le 23 janvier 2001, 9 jeunes sont interpellés à leur domicile à Douala, dans le quartier de Bépanda, pour le vol d’une bouteille de gaz. L’affaire est dénoncée par de nombreuses ONG. Un Comité pour les « neuf disparus de Bépanda » (C9) se constitue, il demande aux autorités que le lumière soit faite sur ces disparitions et que les coupables soient punis. Leurs manifestations sont violemment réprimées. Le 8 mai, 8 militaires sont inculpés dans le cadre de l’enquête sur les 9 disparus de Bépanda. Le 18 octobre, le procès est annulé pour vice de procédure. L’affaire sera ré-ouverte en avril 2002 et renvoyée devant un tribunal militaire. Le 9 juillet 2002, le tribunal militaire de Yaoundé condamne 2 gendarmes pour leur implication dans la disparition des « 9 de Bépanda ». Les 6 autres gendarmes impliqués dans cette affaire sont acquittés. Dans ce climat d’impunité, les services de sécurité continuent à recourir abusivement à l’usage de la force [1]. A la mi-mars 2002, des centaines de personnes sont arrêtées et détenues au cours de l’Opération Harmattan, menée par la police dans le cadre de la lutte contre le crime. Le Bureau national de la sécurité rapporte que 2792 personnes ont été détenues pour interrogatoire et que des stupéfiants ont été saisis. Les autorités annoncent également que deux personnes ont été tuées dans des fusillades avec la police. Rafles policières soudaines, perquisitions de domiciles, vérifications de voitures et d’identité se succèdent. Certaines sources accusent la police d’arrestations arbitraires et d’humiliations. Le 17 avril 2002, la section camerounaise de l’ONG « Nouveaux Droits de l’Homme » dénonce la disparition de 9 individus détenus à la brigade territoriale de gendarmerie de Bafoussam (280 Km à l’ouest de Yaoundé). Les neuf personnes, placées en garde à vue depuis le 14 mars, étaient accusées de « meurtre, vol aggravé et port d’arme ». Les provinces du nord sont en proie à une situation d’insécurité généralisée, causée par les " coupeurs de route " (bandits de grands chemins responsables de centaines d’assassinats). La Brigade anti-gang de la gendarmerie chargée de rétablir l’ordre dans le nord du pats est particulièrement répressive ; ses agents auraient exécuté plusieurs centaines de personnes entre 1998 et 2000.

 La crise anglophone

La population anglophone au Cameroun est estimée à 20 à 25% de la population soit 2 à 3 millions de personnes. Le premier parti anglophone a s’être constitué est le SDF, créé en 1980 dans la clandestinité. Il s’ouvre rapidement aux Bamilékés francophones mais continue de revendiquer son identité anglophone dans la modération. L’évolution « nationale » du SDF et sa « francophonisation » latente ainsi que la maladresse du pouvoir et ses méthodes autoritaires en ce qui concerne la question des provinces anglophones ont conduit certains militants à constituer une nouvelle structure plus radicale dans son opposition au régime francophone de Paul Biya. Du 27 au 31 mars 1997, le Southern Cameroon National Council (SCNC), mouvement indépendantiste créé en 1993, lance une série d’attaques armées contre les forces de l’ordre et des administrations dans la province du Nord-Ouest. Ces opérations font au moins 13 morts et 20 blessés de part et d’autres. Le 29 mars, un groupe armé non identifié s’attaque aux forces de sécurité dans différentes localités de la province du Nord-Ouest (anglophone), faisant une dizaine de morts dont 3 gendarmes. L’opposition accuse le gouvernement d’être à l’origine de ces attaques, dans le but de " créer une situation de confusion " à la veille des élections législatives du mois de mai 1997. 300 personnes sont arrêtées. Au mois d’avril 1999 s’ouvre le procès devant un tribunal militaire de 65 " anglophones " détenus depuis plus de deux ans à la suite des évènements de mars 1997. En octobre, le tribunal militaire rend son jugement : 3 militants sont condamnés à perpétuité, 34 autres inculpés se voient infliger des peines d’emprisonnement allant de 1 à 20 ans. Au moins 8 personnes sont mortes en détention des suites de mauvais traitements avant l’ouverture du procès. Ce verdict n’affecte en rien l’activisme des militants du SCNC , lequeli proclame le 30 décembre 1999 à la radio d’Etat la naissance de la " République du Cameroun méridional " présidée par le magistrat Ebong Frederick Alobwede. Six leaders du SCNC sont immédiatement arrêtés pour être finalement relâchés sans jugement en mars 2001. Le malaise anglophone perdure. Le SCNC a été interdit en mai 2001 suite à l’auto proclamation de la « République du Cameroun Méridional » mais ces militants sont toujours actifs. Le 1er octobre 2001, trois militants sécessionnistes sont tués et cinq autres blessés lors d’une manifestation, le jour du 40ème anniversaire de la réunification des Cameroun anglophone et francophone. Les deux vice-présidents du parti sécessionniste anglophone Southern Cameroon National Council (SCNC), sont arrêtés, dix-huit militants du Southern National Youth League (SCYL), l’organisation de jeunesse de ce parti sécessionniste, subissent le même sort. Au lendemain de cette manifestation la presse anglophone fait état de 4 morts, 15 blessés et 200 arrestations. Le 28 septembre 2002, Albert Mukong, ancien directeur de Human Rights Defense Group et proche du SCNC est arrêté à Ayukaba (province du Sud-Ouest). Il est conduit à la gendarmerie de Mamfé, où il est resté détenu jusqu’à sa remise en liberté sous caution le 22 octobre. Il est accusé, de même que 7 membres du SCNC, de réunions illégales, troubles à l’ordre public, banditisme et sécession. Le SDF, fait également les frais de la répression anti-anglophones. En janvier 2002, des militants du SDF, sont victimes d’agressions de la part de sympathisants du RDPC (Rassemblement démocratique du peuple camerounais), le parti au pouvoir. Le SDF se voit refuser des autorisations de meetings dans les provinces du Sud pour « menace de troubles à l’ordre public ».

 Un changement de millénaire dans la continuité

Le Cameroun aborde le changement de millénaire dans un climat de tension. Malgré une amorce de redressement économique, la moitié de la population continue de vivre en dessous du seuil de pauvreté, dans un pays considéré par les observateurs internationaux comme un des plus corrompu de la planète. Sur la voie de la démocratisation, le Cameroun est encore loin de satisfaire à tous les critères d’un Etat de droit : dans un rapport de février 2000, les Nations Unies dénoncent l’utilisation de la torture et des mauvais traitements " d’une manière massive et systématique " dans les lieux de détention. Les exécutions extrajudiciaires sont fréquentes, en particulier dans le Nord. En outre, les conditions carcérales sont assimilables à des mauvais traitements et la mortalité y est très élevée. Malgré la suppression de la censure en 1990 et l’existence d’une presse dynamique et critique, ainsi que la levée du monopole d’Etat sur l’audio-visuel en avril 2000, les entraves à la liberté de la presse exercées par les autorités se poursuivent [2]. En 2001, RSF a rapporté les cas de 2 journalistes incarcérés. Deux autres avaient été interpellés, deux agressés et un journaliste avait été menacé par des policiers. En 2002, un journaliste est incarcéré, quatre ont été interpellés, un autre agressés. En 2003, un journaliste a été incarcéré, un autre interpellé et deux journalistes ont été menacés, sans compter les diverses pressions et entraves qu’ont pu subir les journalistes et directeur de publications. En décembre 2000, suite à la pression exercée par les partis d’opposition, les autorités annoncent la création d’un Observatoire National des Elections (ONEL) chargé entre autre d’encadrer l’inscription des électeurs et le dépouillement des urnes. Le comité central de l’ONEL est composé de 11 membres désignés par le Président qui nomment des représentants dans les provinces et districts du pays. Les partis d’opposition ainsi que les observateurs internationaux s’accordent à dénoncer le manque d’impartialité de l’ONEL qui est tout de même instaurée en octobre 2001. Les élections municipales de janvier 2002 sont ajournées pour des raisons d’organisation et ont finalement lieu le 30 juin en même temps que les élections législatives. Le RPDC remporte 133 des 180 sièges à l’Assemblée Nationale et 286 mairies sur 336. Le SDF, qui a fait élire 21 députés, demandent à ses conseillers municipaux fraîchement élus de ne pas siéger en signe de protestation contre les « fraudes massives orchestrées par le parti au pouvoir ». Le Nord-Ouest du pays, où le SDF avait remporté une quarantaine de communes, s’enflamme à l’annonce de cette décision. A la mi-juillet, après la signature d’un accord avec le gouvernement John Fru Ndi met fin au boycottage pour faire rétablir l’ordre. En 2003, l’activité politique des partis d’opposition et la répression menée par les autorités et les forces de sécurité s’accroissent à l’approche de l’élection présidentielle de 2004. La presse fait également les frais de ce climat préélectoral. Les journaux se déchaînent contre le chef de l’Etat qui répond par la manière forte, à coup de censure et d’interdiction [3]. Le cardinal Christian Tumi, archevêque de Douala, qui avait déjà dénoncé les exactions du Commandement Opérationnel en 2001, fait une sortie médiatique remarquée dans le mensuel La Paix dans lequel il met en garde contre les risques liés à une organisation frauduleuse des élections et à une trop forte concentration du pouvoir par une seule ethnie au Cameroun. Le prélat sera aussitôt pressenti par ces concitoyens comme un futur candidat à la présidentiel, ce qu’il réfutera ultérieurement. L’année 2003 est également marquée par de graves incidents à Douala au cours du mois de juillet. Le passage à tabac d’un bend-skinneur (conducteur de moto-taxi) par des policiers serait à l’origine d’émeutes faisant 3 morts et 36 blessés. La réforme de l’Observatoire National des Elections en décembre 2003 marque le coup d’envoi de la campagne présidentielle. Selon le nouveau texte adopté par le parlement, les membres de l’ONEL sont nommés, pour 3 ans, après consultation des formations politiques. Cependant l’organisation des élections reste en les mains du Ministère de l’Administration Territoriale (Ministère de l’Intérieur). En mars 2004, le SDF et l’Union démocratique camerounaise (UDC) décident de se regrouper au sein d’une Coalition pour la Réconciliation et la reconstruction Nationale (CRRN) en vue des élections présidentielles. Le 15 septembre, les membres de la CRRN se réunissent pour choisit le candidat qui représentera l’opposition aux élections présidentielles. Le chef de l’UDC, Amadou Ndam Njoya, est élu. Mais le chef du SDF, John Fru Ndi, refuse ce choix et décide de se porter également candidat mettant ainsi fin à cette union des partis de l’opposition et à l’opportunité de voir Paul Biya quitter le pouvoir. Face à une opposition désuni et sans moyens (les financements publics en faveur des partis politiques ont été gelés pour cause de « contentieux administratif »), le RDPC fait largement usage de sa position de parti pouvoir. Le président Biya sillonne le pays pour s’assurer du soutien des chefs traditionnels de toutes les régions et a largement recours aux médias publics. Au terme d’une campagne électorale déséquilibré et en l’absence de challenger de poids, Paul Biya est réélu le 11 octobre 2004 avec 70,92% des voix. Les observateurs étrangers font état de fraudes notamment de votes multiples de partisans du RDPC et de déni d’enregistrement d’électeurs potentiellement favorables à l’opposition. Après avoir affiché une stabilité de plus de 20 ans, le système politique camerounais commence à s’effriter. Le Président Biya a 71 ans et en aura 78 à la fin de son mandat. La question de son remplacement commence à se poser. Cependant, ce sujet est tabou et plusieurs journalistes en ont fait les frais. Le président Biya passe de longues périodes en dehors du pays et en 2004 un journal a même annoncé son décès.Les rumeurs concernant le chef de l’Etat ne perturberaient pas la vie politique camerounaise si elles n’étaient pas doublées d’attaques venant du RDPC. En 2003, de hauts cadres du parti au pouvoir avaient dénoncé les maux qui rongent le parti et donc le pays : corruption, tribalisme, népotisme, criminalité. Alors que la question anglophone a ressurgi à l’occasion d’une manifestation estudiantine en mai 2005, beaucoup s’accordent à dire que si Paul Biya est en partie responsable de la mauvaise gestion du pays, il est également le garant de sa stabilité.
 

   
         
     

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